Après le Sam comme coup d’essai – plutôt réussi ! – en Enduro, sa déclinaison carbone qui l’est au moins tout autant et le lancement l’an dernier du Spine pour le Trail, Focus débarque cette année sur le segment All Mountain avec le Jam et passe même à la vitesse supérieure avec une gamme 2017 qui s’annonce comme la plus large de son histoire. Et le moins que l’on puisse dire est que la marque allemande du groupe Pon (Cervélo, Kalkhoff, BBB et qui vient de s’offrir Santa Cruz… excusez du peu), n’est pas venue les mains vides puisque elle inaugure en parallèle de son “pti” nouveau, une toute nouvelle cinématique assez ingénieuse développée en interne.

C’est à Morzine, en cette période de Crankworx (dans la station voisine des Gets) et de météo maussade, que nous avons découvert deux jours durant en compagnie de quelques journalistes les nouveautés concoctées par le staff Focus : la cinématique Fold, le Jam (AM) et le One (le nouveau tout-suspendu XC, dont nous avons logiquement choisi de faire l’impasse ici).

Photos : Daniel Geiger/Focus

 

 

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Fold, le nouvel atout Focus

Imaginée il y a près de trois ans par Fabian Scholz (ingénieur mais aussi Champion d’Allemagne d’Enduro) – à une époque donc où les Spine et Sam carbone étaient à un stade de développement déjà bien avancé – la cinématique Fold se dévoile aujourd’hui au grand jour après avoir été soigneusement “maquillée” sur le vélo de Vogel durant quelques manches de Coupe du Monde de XCO.

FOLD

Le système Fold (pour Focus Optimized Linkage Design) combine un jeu de deux biellettes enchevêtrées (Guidelink et Mainlink, en alu sur le Jam et en carbone sur le One de XC) l’une au dessus de l’autre positionnées au dessus de l’amortisseur, le tout à un triangle arrière unifié.

A la manière d’une cinématique à excentrique ou assimilé (comme chez Yeti), la cinématique Fold permet de gérer une courbe d’amortissement avec plusieurs phases bien distinctes, le tout avec un ensemble articulé rigide et durable.

Sur le début de course – jusqu’au SAG (30% ici), la suspension propose une courbe dégressive avec un bras de levier plus important qui confère sensibilité, réactivité et bon grip sur les petits chocs tout en restant haut dans le débattement. Passée 30% et un comportement jusque-là linéaire, la suspension devient beaucoup plus progressive pour encaisser tous types d’impacts tout en offrant un maximum de confort et de contrôle.

Ce schéma de suspension permet en outre un positionnement des masses optimisé (centrées et abaissées), dégage suffisamment d’espace pour un grand bidon (un réel argument de vente aujourd’hui, du XC à l’Enduro) et permet encore et toujours le montage de transmission double ou triple via le support Burrito blade (hasard lexical ou humour germanique et clin d’œil au tout aussi “mexicain” Taco Blade de Spe ?!), qui se fixe sur le renfort entre les deux haubans.

Un système prometteur sur le papier, unique et breveté par Focus, qui – comme l’explique Thomas Trapp (à la tête de la développement chez Focus) – est facile à “tuner” (réglages “usine” de l’amortisseur relativement simples) et surtout déclinable sur l’ensemble de la gamme de tout-suspendus Focus, du XC à l’Enduro.

 

 

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Les ingrédients du Jam

Pour faire recette sur le segment All Mountain, Focus a donc développé le Jam, un tout nouveau 140mm avant/arrière articulé autour du système Fold et doté de roues au format 27,5 pouces.

Avec sa douille de direction taillée à la serpe, large et acérée couplée à des tubes ronds – signature visuelle dorénavant de tous les Focus – le Jam ne passe pas inaperçu et ne laisse pas indifférent. Côté style, pour moi c’est une réussite… Intrinsèquement plus complexe qu’un Sam, il n’en demeure pas moins tout aussi simple et fluide visuellement avec des lignes “compactes” et harmonieuses grâce à un amortisseur qui avec du recul à tendance à se confondre avec le tube de selle.

Les finitions, détails et décos sont soignés ; les passages des gaines en interne dans la douille sont une nouvelle fois du plus bel effet.

En plus de lui conférer un look singulier, l’ensemble Fold avec son triangle unifié permet au Jam un gain de poids remarquable sans compromettre à priori la rigidité ou la durabilité. Articulations et roulements compris, le Focus Jam réussi le tour de force de passer sous les 2100g sans amortisseur (2090g très exactement, soit 250g de plus que le nouveau modèle XC ! Qui lui a des biellettes carbones…).

Disponible en cadre tout carbone, mix carbone à l’avant/triangle arrière alu ou bien encore cadre tout alu, le Jam propose une géométrie moderne et allongée de l’avant (435mm de Reach en taille M) , polyvalente (74,8° d’angle de “pédalage”) et plutôt agressive (66,8° d’angle de chasse et des bases courtes mesurées à 425mm) pour un 140mm…

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Le Jam adopte le standard BOOST148 – à l’avant comme à l’arrière – assurance d’une bonne rigidité latérale. Le vélo est également équipé de série de plots ISCG05 pour le montage d’un anti-D.

Quelle que soit sa déclinaison de prix (que l’on vous détaille juste après), le Jam est proposé en 4 tailles, du S au XL, avec des mensurations adaptées en fonction des gabarits.

 

La gamme Focus Jam en détails

Découvrez les fiches produits, tarifs et poids constructeur de la gamme Jam disponible dès cet été (août) en magasin…

On notera la singularité du modèle Factory (le deuxième modèle le plus cher), un montage bodybuildé mi carbone/mi alu avec une fourche en 150mm, un amortisseur à Piggyback et des composants prêts à “endurer”.

 

 

 

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Alors, est-elle bonne cette “confiture” ?

C’est en mode nageur de combat, sans le masque et le tuba, que nous avons eu l’occasion de faire trempette de tester le Jam sur les singles des Portes du Soleil. Oui, le soleil était bien – sur ce coup-là – resté aux portes… 😉 Endurotribe oblige, nous avons eu le “privilège” de tester deux jours durant le Jam, alors que la première journée était initialement consacrée pour tous au modèle XC.

Encore une fois loin de moi l’idée à l’issue d’une telle présentation relativement courte (sans même parler des conditions climatiques compliquées qui ont tendance à gommer certaines qualités du vélo) de vous déballer un essai complet – Antoine s’en chargera plus tard et ce sur une plus longue durée – mais plutôt de partager avec vous mes premières sensations à son guidon.

La version à ma disposition était la plus haut de gamme – le Jam C SL – full carbone et équipée des nouvelles roues DT Swiss XM 1501 Spline One (30mm de largeur interne) et du groupe 12 vitesses Eagle X01. Pour m’aider dans ces conditions dantesques, Focus avait eu la très bonne idée de tous nous placer sous les auspices des Continental Baron Projekt… montés en chambre – dommage (alors que tout était fait pour être en tubeless)… Tout simplement une “tuerie” dans le gras !

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Au pédalage, le Jam se la joue plus All Mountain que Trail. Avec l’explosion des “pti” vélos en 120-130mm, on a pris l’habitude de vélos très bons pédaleurs. Ici clairement, selon moi, on est dans un registre plus orienté AM, voir mini-Enduro. Bien calé sur mon vélo en taille L (pour 1,78m) malgré un cintre avec trop de back sweep à mon goût (je préfère une potence plus courte et un cintre plus droit…), le Jam monte tranquillement “au train” avec l’amortisseur ouvert.

Pas très impressionnante au pédalage pour un vélo sous les 12kg d’origine (lesté pour le coup ici de bons gros muds), en revanche, la suspension s’est révélée bluffante d’efficacité, de grip et de confort sur le plat bien gras comme en montées raides et ravinées. Le verrouillage du Monarch (qui ne possède pas de position intermédiaire type Trail, pourtant bien utile dans certains cas), bien aidé par le pignon de 50 de l’Eagle, m’a permis d’atteindre tranquillement les sommets des quelques “raidars” du parcours XC. Le contrat est rempli de ce côté là ; capacités à valider sous le soleil…

Arrivé en haut, c’est une autre histoire, le Jam se révèle sous son meilleur jour. Bien taillé, parfaitement ajusté au niveau des suspensions et pour ces conditions particulières (merci Altino/Sram…), je me suis régalé au guidon du Jam sur les sentiers pentus, glissants et parsemés de racines vicieuses de Morzine et des Gets. Le vélo était “collé au parquet” en toutes circonstances.

Les joints témoins sont sans appel, on a bien été au fond des suspensions ! Et je ne m’en suis pas rendu-compte ; jamais ça n’a tapé. Le Jam donne l’impression d’avoir plus de débattement ; même dans des passages en canyons défoncés, le vélo incite à lâcher les freins. Vif, précis et bien rigide, le Jam est plutôt facile à placer et à faire tourner serré.

De ces premières heures de roulage, il en résulte de très bons souvenirs, qui donnent envie de confirmer tout cela sur terrain sec, rapide et plus “minéral”. De quoi évaluer également la durabilité de cet ensemble de biellettes et de roulements au fil du temps… Alors que le Spine est plutôt taillé comme un gros cross, le Jam se révèle quant à lui comme un mini Sam, mais plus vif, plus polyvalent et plus joueur. Vu les aptitudes de la bête, on ne peut que valider la philosophie de la version Factory !

Le Jam est tout a fait adapte aux sorties que l’on qualifie de All Mountain et de Randuro dans notre tableau comparatif.

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