ET-BMCTrailfox02-15La compétition… Vaste sujet. Certains l’adulent, d’autres la dénigrent. L’exercice n’est pas évident. Le succès tout relatif. En matière d’essai, aussi, son usage peut être décrié. À quoi bon y chercher la petite bête, si la majeure partie des intéressés ne prend finalement pas le départ d’une épreuve ?

Parce qu’il s’agit d’une épreuve justement. Et que se mesurer aux autres et avant tout le prétexte pour se mettre à l’épreuve sois même… Dans une large dimension : sa condition, ses moyens, sa motivation, son matériel… Tiens, on y vient !

Le tandem vélo/pilote révèle ses qualités et ses limites dans la difficulté. La compétition peut y mener. J’en ai parfois besoin pour sortir du train train quotidien, (trop?) bien maitrisé. Et finalement, quel que soit le niveau et l’occasion – compétition ou non – nous touchons tous, un jour ou l’autre, nos limites.

Savoir quoi attendre de son matériel à ce moment précis compte. C’est pourquoi – les tuyaux de cet essai l’ont annoncé – le BMC Trailfox est passé au révélateur de l’Enduro des Terres Noires en ma compagnie. Deux copieux jours de compétition très appréciés. À n’en pas douter, le vélo y a joué son rôle et tenu son rang. Préparation, compétition et analyse. Voilà tout l’objet du verdict de cet essai du BMC Trailfox 02 2016….

 

 

BMC Trailfox XO1 02 2016

5599€
13,360 kg (vérifié, sans pédale, taille L, pneus montés tubeless, sans préventif)

ET-BMCTrailfox02-4

Les réglages, 2ème partie

Lâcher les freins… Une évidence pour aller vite ! Encore faut-il être en confiance sur le vélo. Les réglages des suspensions y participent ! En la matière, le BMC a tout ce qu’il faut pour y parvenir. À condition de s’y retrouver.

Sur le Cane Creek DB Inline, les 4 voies d’hydraulique – et autant de chances de se tromper – sont là pour le rappeler. Fort heureusement, de très bonnes solutions existent. À commencer par procéder avec méthode. La première étape, celle des SAG et progressivité abordés dans les tuyaux de cet essai est primordiale.

C’est elle qui lève le doute et pose les bases solides et fiables pour la suite. En l’occurrence, l’usage du “Tuning Field”, ce petit guide “pas à pas” excellemment réalisé et fourni par Cane Creek. Il faut prendre le temps de se prêter à l’expérience. Tout y est si bien expliqué et guidé… Après ça, l’influence des compressions et détentes, hautes et basses vitesses, n’ont plus de secret.

ET-BMCTrailfox02-8

Pour ma part, cette démarche me permet de faire la part des choses et peaufiner les réglages du vélo en vue de la compétition. La compression haute vitesse notamment, qui influe sur la quantité de débattement utilisée sur les gros chocs – saut de marche, trous, rochers frappés… En anticipation des imprévus et de la fatigue qui s’installe, je freine d’un demi-tour supplémentaire. Bien m’en prend, puisque sur les Terres Noires, quelques marches et trous abordés avec plus d’enthousiasme et de lourdeur que de raison, positionnent tout juste le joint témoin à la limite du débattement utile.

Autre paramètre que j’ajuste : la détente basse vitesse. Elle influe sur l’oscillation que le vélo peut avoir au cours de son fonctionnement. Pour ma part, je sais qu’à l’attaque, j’ai tendance à souvent me lever puis m’asseoir. Engager les épaules, puis tirer sur le guidon. Relancer, puis me poser pour récupérer. J’attends du vélo qu’il m’offre des appuis sûrs, qui convertissent ces mouvements en vitesse au contact du terrain.

Trois clics plus freinée, la détente basse vitesse verrouille le vélo. Pour le reste, je garde les réglages préconisés. La compression basse vitesse est peut-être un poil trop marquée, limitant la sensibilité et le confort en début de course, mais j’y reviens plus loin.

Pour l’heure, c’est sur la Pike, à l’avant, qu’une fois n’est pas coutume, j’utilise la compression de la cartouche Charger. Juste ce qu’il faut pour accorder le rendu de la fourche à celui de l’amortisseur et sa compression haute vitesse un peu plus freinée qu’à l’origine…. Le vélo devient une lame, prête à me laisser exploiter mes armes le moment venu : celui de la course, et du chrono !

 

RéglagesAvantArrière
SAG27%17mm (30%)
Détente (HV/BV)-9+1/+7
Compression (HV/BV)-10/-14+1/+9
Token / Spacers01L (d'origine)

Pour la fourche, clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. Pour l’amortisseur, clics et tours de vis compté comme le site et les documentations Canecreek l’indique. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon. 

 

Des réglages préconisés à cette configuration, des détails ne trompent pas. Le vélo réagit bien aux changements. S’il faut faire preuve d’attention pour sentir ce à quoi le « Tuning Field » sensibilise, il ne faut pas faire preuve d’une finesse excessive pour parvenir à ses fins. Surtout, nombre de possibilités restent accessibles sans gâcher le potentiel du vélo. L’important est d’ajuster les bons SAG. Pour l’hydraulique, la voie est libre…

En action, le BMC Trailfox produit un bruit sourd, tout juste modulé par quelques sonorités métalliques du triangle arrière. Des sensations que l’on prête d’habitude aux vélos de descente en 200mm de débattement. Il est bien rare d’en avoir autant de la part d’un enduro en… 150mm !

 

 

 

ET-BMCTrailfox02-39

Préparation du vélo…

Une impression qui donne furieusement envie d’en découdre. Mais qui met aussi en évidence certains points cruciaux pour préparer le vélo à la compétition… D’autant qu’on ne se lance pas dans une course sans avoir validé certains détails. Il s’agit, en premier lieu, de finir et se faire plaisir !

À ce sujet, j’ai l’occasion de mettre en évidence que le BMC Trailfox mérite un train roulant de premier choix. Avant même la course, alors que je n’ai pas encore utilisé le vélo au maximum de son potentiel, pneus et roues montrent leurs limites…

Sous un contrôle et suivi minutieux, les DT M1700 font tout de même la course. Un léger poc sur la jante finit de me convaincre à leur sujet : de bonnes roues d’entrainement ou de rando. C’est parce qu’elles sont déjà molles, que je ne cherche pas à réduire la compression basse vitesse importante sur le DB Inline. Le vélo en serait trop pataud à la relance…

Pour les pneus, je reste sur des valeurs sûres éprouvées durant l’hiver : Michelin Wild Rock R et Race’R Enduro Rear Reinforced. Désormais convaincu qu’ils sont aussi performants en 29 qu’en 27,5, ils apportent la stabilité, le grip et la précision nécessaires pour exploiter les réglages de suspension « race » détaillés précédement.

Ainsi, le BMC Trailfox a un comportement qui met en confiance. Reste à régler certains détails pour qu’il soit prêt le jour J…

Suspensions ajustées et détails de montage réglés, voilà où j’en suis au moment de prendre le départ de l’Enduro des Terres Noires. La suite s’imagine sur fond de marnes grises, de poussière, de chaleur, de sueur et d’attaque…

 

 

La chasse au chrono

C’est bien là que le tempérament véritable du BMC Trailfox s’exprime. Quand c’est droit, et que ça tabasse notamment. En premier lieu parce qu’avec ses roues de 29, il ne s’arrête pas au premier trou venu entre deux cailloux.

Il est plutôt du style à survoler l’affaire. À tel point qu’exploiter la formidable géométrie pour tirer manuals et bunny-ups devient grisant. Et qu’avec une vraie paire de pneus, aucune crevaison ne se met en travers des suspensions qui jouent leurs rôles à merveille. À ce petit jeu, le BMC Trailfox joue dans la même catégorie que le Mondraker Dune Carbon R déjà plébiscité pour ses capacités d’encaissement.

Sur les longs runs sauvages, le BMC Trailfox est dans son élément, et moi avec ! La spéciale du Cousson – 950m de D- pour 19min30s de chrono – qui ouvre la seconde journée de l’Enduro des Terres Noires, est un régal à son guidon. Les premiers virages “à l’ancienne” en dévers dans les pâtures… Le coup de cul – que ceux qui connaissent annoncent redoutable – et surtout la seconde partie du run : un sentier ouvert de part et d’autre d’un vallon, allant chercher la rivière en fond de vallée.

Une fin de trace qui serpente sans jamais véritablement changer de cap, sur une pente qui se réduit au fur et à mesure que l’on touche au but, jusqu’à finir en faux plat. Le terrain de jeu idéal pour pousser, pousser et pousser sans rien lâcher au guidon de ce vélo qui offre tant de stabilité et d’appui que rien ne semble pouvoir arriver, même totalement cramé.

Autant dire qu’au guidon du BMC, le plan de course est limpide, et qu’il se déroule à merveille. Un départ prudent, et une montée en régime crescendo pour finir “à fond.” Si les gros pneus et surtout, les roues pataudes, ne participent pas à la relance, la capacité à garder l’élan et l’aisance qu’il offre pour se mouvoir et se placer est un régal. Le déroulement de la spéciale, et les départs de 15s en 15s me donnent raison. Rattrapé sans être dépassé au début, rattrapant et doublant sur toute la suite de ce long run…

À la longue aussi, sur le déroulement du week-end, je suis persuadé de gagner à être en 29. Notamment parce qu’à de nombreuses reprises, je me surprends à avoir gardé de la vitesse là où je pense devoir relancer pour repartir. Quelques calories précieuses économisées qui permettent à la fraicheur de rester présente plus longtemps…

Aussi parce qu’en ce week-end très sec où la poussière rend le grip parfois précaire, je ne dérape jamais. Enfin presque. Seuls les freins, Shimano XT au comportement aléatoire, m’amènent parfois malgré moi à bloquer les roues… Comme sur le Orbea Occam, j’ai décidément du mal avec ces freins…

Pour le reste, j’ai même du mal à parler des virages pièges avec les pilotes que j’accompagne. L’adhérence n’est pas un problème pour moi et l’on ne vit à priori pas le même week-end que l’on soit en 27,5 ou en 29..! Le BMC trouve du grip là ou d’autres m’auraient malmené. Il me faut d’ailleurs un certain temps avant d’apprivoiser cette adhérence et en tirer partie…

 

 

Virages, mode d’emploi

Parce qu’effectivement, c’est bien là que le BMC Trailfox me donne du fil à retordre. Les premières spéciales, mythiques, dans les Terres Noires des Toboggans et des Crêtes me le démontrent. À l’aise quand ça file et qu’il faut lâcher les freins, je limite la casse quand il faut changer de cap et entamer l’enfilade d’après.

Mais les spéciales 3, 4 et 5 me donnent l’impression de tourner de plus en plus. Surtout, de devoir virer de bord toujours plus rapidement. Jusqu’au moment où j’en viens à devoir enchaîner plus vite que je n’y parviens avec le BMC Trailfox. J’ai beau me démener, tout essayer, il y a un rythme au delà duquel je n’arrive pas à tricoter aussi vite que le chemin, ma forme et mon esprit le permettraient.

Pareil le lendemain, où après le run du Cousson, la dernière spéciale du relais est très fraîchement ouverte entre les arbres et dans la pente pour conclure le week-end. Je me sens frais, alerte, disponible. Je n’ai d’ailleurs jamais fini un tel week-end aussi bien. J’en tire le sentiment d’avoir franchi un cap en matière de gestion et d’alimentation. Aucune douleur ou fatigue n’influe sur mes sensations… Pourtant, les chronos sont sans appel. Plus ça tourne, plus j’ai du mal :

Samedi : 27e / 34e / 40e / 51e / 74e       Dimanche : 36e / 66e

Je dois me rendre à l’évidence : au guidon du BMC Trailfox, je ne parviens pas à tricoter comme j’adore le faire sur d’autres vélos, à d’autres occasions. J’ai par ailleurs roulé le BMC Trailfox sur les sentiers de Saint Saturnin les Apt, terres de la Rider’Z du Luberon. Spot connu et reconnu pour ses traces qui serpentent entre les arbres. La course y est d’ailleurs l’occasion de « puncher » comme jamais entre les chênes et les sapins. Même constat. Le BMC Trailfox aime les grands espaces.

ET-BMCTrailfox02-5

Mais alors, quoi en penser ? Non pas que le BMC n’est pas fait pour tourner, mais qu’une certaine technique est nécessaire, et qu’elle n’est pas applicable à tous les rythmes. Vu sous un autre angle, sans chercher à pousser sans cesse le chrono, le regain d’adhérence du 29 et la position qu’offre la géométrie permettent d’ailleurs de s’adonner à quelques jeux et exercices bénéfiques. C’est ce que j’ai pris un malin plaisir à mettre à profit une fois la course passée, de retour “à l’entraînement.”

À commencer par profiter du regard qui porte naturellement au loin. Le décalage entre ce que mon esprit regarde et ce à quoi mon corps s’adapte sous les roues est grisant. Un exercice de proprioception grandeur nature. C’est d’ailleurs lui qui met en évidence un certain temps de latence en courbe au guidon du BMC.

Il faut tirer juste, et forcer l’appui en début de courbe, quite à exagérer. Sans quoi, le vélo déporte et sort plus large que prévu. À un certain degré de courbure, et sous une certaine vitesse, la manœuvre devient compliquée. trop tard pour corriger, il faut alors prendre son mal en patience pour sortir du virage…

Et corriger au virage suivant. L’appel/contre-appel est une solution. Le grip qui décroche très progressivement, valeur intrinsèque au 29 pouces, est alors un avantage. Il favorise la bonne gestion de la manœuvre. Un exercice qui demande de l’entrainement. mais une démarche qui peut vite tourner à l’orgie une fois maîtrisée !

Le boitier bas, et la géométrie s’y prêtent d’ailleurs. Comme sur le Dune, il faut s’asseoir sur la roue arrière – qui vient parfois lécher le short – pour tirer les meilleurs sensations. C’est en ça que les 150mm de débattement de la Reverb sont pertinents et utiles. Revers de la médaille, j’ai vite eu tendance à bouffer la gomme du Michelin à ce petit jeu…

Qu’importe ! J’en viens à une constatation sur laquelle j’achève cet essai : j’ai eu la chance de disposer du BMC pour le prendre en main, le préparer à la compétition, effectuer la course, et revenir à l’entraînement quelques temps après. Et, quelque soit les circonstances, chaque étape a servi la suivante…

 

 
ET-BMCTrailfox02-41

Conclusion

Alors, au moment de conclure, nul doute que j’ai de sérieux arguments pour répondre à l’éternelle question : Pourquoi voudrais-je garder ce vélo ?

“Si je le pouvais, garder ce BMC Trailfox me permettrait de tirer profit de toute l’expérience emmagasinée. Je progresserais forcément en vue d’une prochaine échéance. En ça, il s’avère être un compagnon de premier choix. Pas forcément à l’aise – ou disons, le plus adapté – partout, mais assurément sain et favorable à l’expérimentation et au progrès. Tout ce qu’il faut pour trouver du plaisir dans l’évolution et l’envie de toujours faire mieux. Le BMC Trailfox ne demande que ça !”

 

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. 

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

Article lu 16 162 fois. Merci !