EWS de Samoëns – Le journal de Justin Leov

Un week-end pas vraiment de tout repos !

Texte : Justin Leov # Photos : Ale Di Lullo/Matt Wragg

Ma préparation pour Samoëns s’est bien déroulée. Un temps sec et chaud à Finale ligure, là où je réside pendant la saison, donc des conditions idéales pour rouler et m’acclimater aux températures estivales. J’étais serein à l’approche de la course, et excité de retrouver les montagnes et des parcours comme je les aime, exigeants aussi bien physiquement que techniquement.

Les prévisions météo donnaient un temps plutôt beau et chaud avec possibilité d’orages pendant le week-end. J’ai déjà connu ce genre de conditions dans les Alpes par le passé. La première chose que je prépare dans ces cas là, encore avant de penser au choix des pneumatiques, ce sont masques et lunettes. Système Roll-off au cas où, modèle ID2 avec double écran pour empêcher la formation de buée, plus une paire d’Evil Eyes Evos pour compléter l’arsenal, j’étais prêt à affronter n’importe quelles conditions !

Le vendredi, il était possible de reconnaître la spéciale 3 à pied seulement, mais la trouver et la parcourir m’a pris plus de temps que prévu. J’ai passé aussi une bonne partie de la journée en ville à régler tout un tas de détails. Le soir arriva donc très vite mais une fois au lit je n’arrivais pas à trouver le sommeil, je me sentais déjà en mode “chrono” !

Le samedi matin, départ à 7h15. Passage par les remontées mécaniques, direction la spéciale 1 pour un run de reconnaissance. Un parcours très varié, avait des pierres, des racines, des sections rapides, d’autres plus lentes, un bon mix. Le terrain était sec.

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La pluie commença à tomber alors que je repartais pour la spéciale 1, cette fois pour mon run chronométré. Je m’embarquais sur le télésiège, et peu après, les remontées mécaniques étaient stoppées pour cause de tonnerre et d’éclairs. Être suspendu à un câble dans ce genre de conditions ajoute encore un peu de stress à la situation, d’autant que l’on ne sait jamais combien de temps cela va durer. Heureusement, au bout de 10 minutes, le ciel s’éclaircissait et nous étions de nouveau en mouvement !

Je m’élançais finalement pour mon premier run. J’attaquais fort. Tout allait bien jusqu’à ce maudit pont de bois. Au moment même où ma roue toucha le bois je compris que j’allais faire un vol plané. Et je fis effectivement une grosse chute. Ma selle était tordue, je la redressais avant de repartir. Comme j’étais au bas d’une montée et sans vitesse, il ne me restait plus qu’à la faire en courant. Coté rythme cardiaque j’étais dans le rouge. À la sortie du bois, un hélicoptère secourait un pilote accidenté. Il y avait un vent terrible. Légèrement distrait j’arrivais au virage suivant en me rendant compte que cela n’allait pas le faire. J’allais soit passer à travers la rubalise, soit me prendre le piquet de signalisation. Je choisissais cette seconde option en espérant pouvoir le chasser d’un coup d’épaule et redresser ma trajectoire. Le piquet, lui, en décida autrement. Il alla s’enfiler entre ma fourche et ma roue, et je passais instantanément par dessus le guidon ! Ma potence et mon guidon étaient tordus, je donnais des grands coups de pied dans la roue avant pour redresser le tout, en vain. Pratiquement impossible de rouler comme ça et j’étais encore loin de l’arrivée. Entre temps Jérôme m’avait passé, ce qui veut dire que j’avais perdu une minute !

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De retour au paddock, j’étais dégoûté. Mon week-end était passé de héro à zéro en une spéciale, la première ! Je devais maintenant faire une course parfaite, ne plus tomber, en espérant ne pas trop ressentir de douleurs après mes deux crashs.

L’heure était venue de s’élancer pour la reconnaissance de la 2ème spéciale. Plus courte, plus DH, que la précédente, plus fun aussi, elle me plaisait bien. Il fallait un gros cœur, de bons freins et une bonne vision pour bien la négocier.

Le soleil brillait à nouveau. Il faisait même franchement chaud lorsque je m’élançais pour mon run chronométré. Je pressais le bouton “reset” et partais à fond, cette fois sans grosse erreur, pour finir 4ème.

Pour rejoindre la 3ème et dernière spéciale du jour il fallait pédaler 40 minutes. C’est la spéciale que nous avions reconnu à pied la veille. Pour être honnête je savais qu’elle ne correspondait pas vraiment à mes qualités. Je prévoyais donc de rouler propre, sans prendre de risques inutiles. Je m’élançais prudent mais cela ne m’empêcha pas, au détour d’un rocher, de taper mon dérailleur. Je ne pouvais plus utiliser que les développements les plus gros. Un peu plus loin, une femme se trouvait sur le parcours, marchant vers moi. Tout le monde hurlait autour d’elle, je croyais qu’ils me faisaient signe de m’arrêter pour un bléssé peut-être. En fait pas du tout. Elle sauta hors du parcours mais j’avais encore perdu un temps précieux. Quelle journée !

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J’étais 17ème au départ de la seconde journée. Mon objectif était maintenant de grappiller des places pour espérer conserver ma place de leader au classement général EWS.

La 4ème spéciale était plutôt longue, encore un bon mix de différents terrains. J’étais motivé mais je tenais surtout à ne pas faire une autre erreur fatale. Je négociais assez bien la plupart des difficultés. Juste une petite frayeur dans un virage serré où j’arrivais un peu trop vite. Je ne tombais pas mais finissais dans la rubalise et perdais quelques secondes pour me sortir de ce faux pas. Il y avait pas mal de pierres dans les virages et un peu plus loin je perdais cette fois le contrôle de ma roue avant et finissais au tapis. Je remontais sur mon vélo en un instant, et je finissais quand même dans le top 10.

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La 5ème et dernière spéciale me plaisait beaucoup. Rapide et technique. Je réussissais un run propre et efficace pour un autre top 10, même si j’espérais mieux.

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Au final je remontais à la 12ème place au classement de l’épreuve, remportée par un Richie Rude impressionnant, et parvenais même à conserver ma première place au classement EWS, plus de peur que de mal !

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Je me rappellerais de cette manche française ! Maintenant place à l’Amérique du nord !

Justin Leov

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